Archives mensuelles : décembre 2011

Claudio Colucci : Innovant et plein de gaîté…

Design

Pour Claudio Colucci, les formes évoluent sans cesse, offrant ainsi un infini de possibilités. D’origine italo-suisse, il a fait ses études en France. Doté d’une forte créativité, il a su apporter un souffle de gaîté, de sensualité et d’humour dans le design. Rigoureux et innovant, le créateur s’inspire de ses nombreux voyages, de la culture manga et des surréalistes –un mouvement que Claudio Colucci affectionne particulièrement. Touche à tout de talent, ses réalisations sont nombreuses, architecture d’intérieure, scénographie ou design d’objets perturbant quelques fois l’utilisateur tant leur fonction semble éloignée de leur aspect. Immersion dans un univers sensuel et étonnant.

Quels sont les objets dans votre demeure qui vous touchent particulièrement ?

Les histoires que cachent les objets plus que les objets en eux-mêmes, je ne suis pas très matérialiste ni même collectionneur ou fétichiste. J’aime que les objets passent sans jamais marquer définitivement le temps. Un mouvement d’objet perpétuel et inexorable comme le temps. Les objets qui me touchent sont par conséquent très éphémère , ils disparaissent ou sont renouvelés.

Qu’est ce que le design pour vous ?

Un voyage mais avec du style !

Selon vous les designers peuvent-ils être des artistes ?

Certains oui, mais pas tous. Le travail du designer peut être considéré comme à l’exact opposé de celui d’un artiste ou au contraire très proche voir égal et sans vouloir faire de l’ironie et prétendre que tout est art. Je parle donc d’une personne faisant une œuvre dans un sens artistique puis, définir qui est un artiste et qui est designer. La frontière n’est pas toujours très claire dans un sens comme dans l’autre car un artiste, aujourd’hui, n’est plus une personne qui maîtrise un savoir, une technique et souvent il délègue l’exécution de son travail à des artistes, artisans ou industriels voir même le public. Le designer confie la fabrication à un tiers. Mais si le designer décide de s’exprimer avec émotion, dans un contexte qui n’est plus une réponse à un besoin, dans un contexte de production industrielle, alors le designer est un artiste.

Qu’est ce que pour vous le « mauvais goût » ?

Une absence de poesie.

Comment définiriez-vous votre lieu de vie ?

Multiple et transitoire.

Qu’est ce qui est essentiel pour vous dans un intérieur ?

L’art d’assembler les objets les uns aux autres dans une fonctionnalité poétique. C’est à dire que l’usage de chaque objet doit transcender sa fonction pour créer de l’émotion.

Quels sont les objets qui vous touchent dans une maison ?

Absolument tout les objets, du sofa a la casserole, de l’ampoule au tapis, absolument tout les détails me touchent, je regarde tout mais surtout l’art avec lequel ils cohabitent ensemble.

Quels objets vous suivent à chacun de vos déménagements ?

Pas grand chose, car j’aime tout recommencer et je ne quitte jamais tout à fait un lieu. J’ai une maison dans chaque ville ou je travaille, je ne déménage donc pas grand chose.

Quelle est votre pièce préférée dans une maison ?

Toutes les pieces mais surtout le plan de chacune d’elle en fonction des autres pièces et la gestion du passage d’un espace à l’autre, mais également l’orientation des fenêtres et des terrasses, le cadrage de celles-ci sur l’horizon. J’aime aussi l’espace entre les pièces ou les objets, cet espace qui ne semble pas avoir été meublé.


Quels sont vos objets de désirs ?

Les objets un peu mystérieux, ceux qui semblent cacher une double identité, une double vie.

Quel a été votre dernier coup de cœur ?

Une photo grand format d’une baigneuse Japonaise, de l ‘artiste Lucille Reiboz. L’image confond la longue chevelure noir ébène d’une femme japonaise avec la roche naturel du onsen et se joue des reflets de l’eau. Magnifique !

À quoi ressemble votre chambre ?

A chaque ville sa chambre, mais d’une manière générale je suis assez minimaliste, je cherche la pureté des choses, donc une chambre fonctionelle mais généreuse avec une touche d’émotion.

Diriez-vous que les architectes d’aujourd’hui manquent de puissance ?

Absolument pas, bien au contraire, ce sont plutot les clients qui manquent de puissance. Aujourd’hui tout est possible en architecture, les seules limites sont celles des commanditaires.

Etes vous « fan » de High-tech ?

Ni oui, ni non. J’ai un pied dans le passé et l’autre dans le présent mais la tête dans le futur.

Quel usage en faites-vous ?

J’ai toujours un sketch book avec moi, mais également un I-phone qui me sert aussi, j’utilise les deux. Mais je prends souvent en photo mes esquisses dans mes bureaux ( Tokyo-Paris-Genève-Pekin-Shanghai). Je suis connecté à toutes mes agences grâce a mon I-Pad ou MAC, je dirige ainsi à distance le management ou la DA. On vit une epoque incroyable, ici et là, maintenant et tout de suite, tout est possible.


Parlons « Luxe, Calme & Volupté », que vous inspirent ces trois mots ?

Un tableau, un poème, la recherche du plaisir des sens, de tous les sens.

Quelle est votre définition du luxe ?

Avancer en ne faisant rien mais avec style.

Quel est votre luxe ?

Prendre le temps de …

Quel est le luxe dont vous ne pourriez vous passer ?

Le silence

Volupté et sensualité vont-ils de pairs pour vous ?

Oui, je dirais que la sensualité est un certain degré de volupté.

Que vous inspire le plaisir des sens ?

Mon métier de designer. Je m’occupe de transformer le monde en un meilleur monde et celui-ci n’est sensible que grâce à nos sens. Je fais donc en sorte que les sens soient un plaisir au quotidien.

Honoré de Balzac disait : « La volupté, comme une fleur rare, demande les soins de la culture la plus ingénieuse ». Qu’en pensez-vous ?

Je partage son avis… avec une dose de culture et d’ingéniosité proportionnelle à l’effet recherché.

Vos projets ?

Ouvrir une agence à Shanghai et y vivre quelques temps avec ma famille.

Sortie de son ouvrage en septembre prochain aux Editions Norma
Exposition à la galerie PERIMETER du 7 septembre 2012 au 31 octobre 2012
47 Rue Saint-André des Arts  75006 Paris – Renseignements : 01 55 42 01 22

Olivier Marchal… Un « mec » comme il en existe peu !

Cinéma | Les Lyonnais

Olivier Marchal n’est pas un “mec” comme les autres. Il a son franc parlé et un humour incisif qui lui valent souvent d’être controversé. Qu’importe, il lui en faudrait bien plus pour être déstabilisé. Mais si le réalisateur est un génie du polar français, l’homme en revanche est torturé, à fleur de peau. Et le personnage attachant. L’oeil malicieux, édoniste, spontané et sincère… A l’occasion de la sortie des “Lyonnais”, et avant la reprise en tournée de “Pluie d’enfer” dès le début 2012, il accepte de se dévoiler en toute humilité.

J’ai lu que votre père était amateur de roman noir, est-ce cela qui vous a donné envie de rentrer dans la Police ?

Olivier Marchal : Oui, en tout cas pour une part. Et puis il y a également eut la découverte de Chandler, de Goodis et de Jim Thompson et de cet univers très noir peuplé de loosers qui sont les héros de cette littérature américaine, et surtout, la découverte de San Antonio qui fut une vraie révélation pour moi. La plume de Fréderic Dard est phénoménale, et ma maîtrise de l’argot, ma façon de parler me viennent beaucoup de là.

Que gardez vous de vos « années police » ?

Olivier Marchal : Pas grand chose, si ce n’est un profond mal-être. J’en garde aussi beaucoup de solitude, de névroses. C’est un métier où l’on est seul, ce qui m’a sans doute amené à créer mon monde.

Vous avez quitté la police pour vous consacrer au cinéma. Tout d’abord comédien, puis réalisateur, qu’est ce qui vous à menez à cela ?

Olivier Marchal : Ma rencontre avec le théâtre date de ma classe de 4e. C’est ma prof de français qui m’y a poussé. J’ai alors découvert Labiche, et aussi que les filles vous regardaient davantage lorsque vous étiez sur scène. Par la suite, ce sont des films comme « Itinéraire d’un enfant gâté » de Lelouch qui m’ont décidé à franchir le pas. Une érosion s’était produite en moi, trop de sang, trop de violence, trop de chagrin… Je suis dans le fond quelqu’un de trop sensible même si j’aimais aussi ce que je faisais car cela m’excitait et me donnait vraiment l’impression d’être un mec couillu.

Qu’est ce qui vous a décidé de passer derrière la caméra ?

Olivier Marchal : Le hasard car personne ne voulait réaliser « gangster » mon premier film, dans lequel je souhaitais juste jouer, n’ayant à ce moment là pas de velléité de metteur en scène. Ce fut un challenge… que j’ai adoré relever !

Que vous apporte la réalisation que vous ne trouvez pas dans le jeu d’acteur ?

Olivier Marchal : Je me sens utile. Je me sens créateur, chef d’équipe. Lorsqu’on est acteur, on est seulement ce que l’on vous demande d’être avec plus ou moins de talent. En ce qui me concerne j’ai surtout l’impression de faire mon métier d’acteur au théâtre, devant une caméra les choses sont différentes… L’attente est souvent longue.

Vous écrivez et vous réalisez vos films, est-ce important pour vous ?

Olivier Marchal : Primordial dirais-je. J’ai besoin que l’histoire m’appartienne. Mais un jour peut-être m’enverra-t-on une histoire que je ne pourrai refuser.

On retrouve souvent les mêmes acteurs dans vos films, avez vous besoin de travailler en famille ?

Olivier Marchal : Oui parce que cela me rassure. Je sais que je leur fait plaisir car ils aiment tourner avec moi et moi, je suis heureux de les savoir là. Je préfère faire plaisir aux gens que j’aime, plus qu’à un comédien que je ne connais pas et qui même s’il est bon n’aura au final rien à partager avec moi. Vous savez, je fait ce métier sérieusement, mais surtout sans me prendre au sérieux… chose de plus en plus rare et qui à petit feu tue le cinéma français.

Vos films tournent tous autour de la police, c’est je suppose une source inépuisable d’inspiration pour vous ?

Olivier Marchal : Inépuisable, c’est le mot… Mais il va falloir qu’un jour où l’autre j’en divorce. J’aimerai écrire une comédie. Mon rêve serait de faire un « Vincent, François, Paul et les autres » mais version actuelle. Parler de la vie et des préoccupations des 40-50 ans sans faire de la guimauve.

Parlez nous “des Lyonnais” qui est a l’affiche actuellement ?

Olivier Marchal : C’est un film de voyous et non de flics. Il est donc traité très différemment, ce qui m’a à un certains moment posé un problème moral, même si Edmond Vidal le voyou dont je parle est un super mec, très attachant. C’est un grand monsieur, qui je peux le dire est devenu mon ami. Ce fut un film très compliqué à réaliser. Et c’est aussi mon film le plus cher donc la pression en est d’autant plus forte.

Qu’est ce qui vous a donné envie de faire ce film ?

Olivier Marchal : Ma rencontre avec Edmond Vidal. Et historiquement, il est considéré comme étant le chef de fil du banditisme. Jeune flic, j’ai toujours entendu parler de lui… Il me faisait briller les yeux. Et j’ai rencontré un homme qui est dans l’hyper sensibilité, pas du tout dans l’arrogance. Un homme qui a des valeurs et dont le parcours est incroyablement passionnant. Un homme qui assume ses erreurs et que j’ai vu pleurer en me racontant son histoire… C‘est ce qui pour moi a fait la différence. Cela m’a plu. Et puis il m’a fait confiance.

Vous dites souvent que sans votre épouse Catherine vous ne seriez jamais arrivé là où vous êtes …

Olivier Marchal : Absolument. Je lui dois tout… ou presque (rires). Elle me supporte depuis 20 ans et ce dans tous les sens du terme. Elle est cash avec moi, ne me fait pas de cadeaux. Elle est mon repère. Ses jugements sont souvent sévères mais toujours justes. Dans 95% des cas elle a raison sur ce qu’elle me dit. Ce qu’elle fait, elle le fait par amour. Je pense que les mecs qui partent en vrille sont souvent pas accompagné ou mal accompagné… et moi je suis très bien accompagné.

Vous semblez être un éternel insatisfait, c’est sans doute ce qui vous pousse à vous dépasser, mais pour autant y a-t-il des moments où vous vous trouvez « bon » et où cette insatisfaction vous lâche un peu ?

Olivier Marchal : Cela arrive en effet, mais par petite bribe lorsque par exemple je vois ma femme heureuse et que j’ai le sentiment d’y être un peu pour quelque chose. C’est fulgurant ! L’alcool m’aide également à dissiper cette insatisfaction chronique… et ce mal-être qui ne me lâche jamais.

Qui est Olivier Marchal à la ville ?

Olivier Marchal : Quelqu’un de très complexé, de timide, de très révolté. Qui déteste le genre humain mais qui aime les gens, ce qui souvent est un vrai problème. Quelqu’un aussi qui ne voulait pas d’enfants et qui en a 4. Qui ne voulait pas se marier et qui l’a… Bref… je suis pleins de contradictions et de paradoxes.

Qu’est ce que la notoriété a changé dans votre vie ?

Olivier Marchal : Ma perception des choses, me rendant ainsi plus parano et plus auto-destructeur … mais par phase.

Comment vous protégez vous ?

Olivier Marchal : Sans doute en ayant recours à certains excès !

Le dernier Film d’Olivier Marchal « Les Lyonnais », sorti le 30 novembre 2011, est actuellement diffusé en salle.

Lien AlloCine http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=145068.html

Cyrille Varet, L’Art de dessiner l’espoir

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Nous avons rencontré le designer Cyrille Varet dans son show room, installé sous le viaduc des Arts, près de la place de la Bastille à Paris. Un artiste autodidacte dans la sphère du mobilier contemporain, dont l’ empreinte visuelle et créative est décelable, grâce à son matériau de prédilection : l’acier. Il pioche dans des univers tout aussi ludiques que le sont le théâtre, la télévision ou encore le cinéma.

Designer altruiste, Cyrille Varet aurait pu continuer ainsi son chemin tout dessiné, mais c’était sans compter sur son destin, qui lui fit rencontrer il y a dix ans, une toute autre réalité : l’épidémie du sida en Afrique. A partir de ce moment là, sa vie artistique prend un tournant déterminant ! Des projets, des associations franco- africains voient ainsi le jour, et donnent naissance à des ampoules originales dessinées et crées par des femmes séropositives. De ce croisement culturel entre différents mondes, se singularise pour le jeune créateur, d’une manière indéniable, une notion de « design solidaire », qui permet à ces femmes de générer des revenus, se réinsérer socialement et surtout, de retrouver une dignité dans un pays fortement touché par le virus du sida.

Portrait réalisé par Sandrine Gaillard et Jean-Baptiste Derieux