Bercy Village publie ses bancs

La signature Policar
Coup de coeur

« Le défi [ à Bercy Village ] était pour moi de répondre à tous les usagers,de trouver le ton juste, et d’inventer un dialogue entre le mobilier et l’architecture ». Le dossier de presse relatif au designer Jean-Michel Policar, évoque qu’il a été repéré par l’équipe de Bercy Village lors de la Paris Design Week à Docks en Seine où il présentait en septembre 2011 ses bancs Palabres. C’est ainsi que l’aventure débute. On lui demande alors de concevoir le nouveau mobilier de la Cour Saint-Émilion. Il répond aux interrogations de LC&V.

LC&V Qu’englobe pour vous la notion de design ?

Les mots qui reviennent le plus souvent sont “sens” et “usage”, ils orientent ma réflexion. Au delà chaque projet porte un contexte plus ou moins chargé d’histoire, comme ce fut le cas pour Bercy Village, ou toutes autres contraintes qui le jalonnent.

LC&VEt celle d’urbanité ?

Cela touche au paysage, et je suis sensible à cette notion et à la qualité des paysages, Quel qu’il soit et quelque soit son échelle, une agrafeuse sur le coin du bureau est aussi un paysage. A cela s’ajoute le flux, la densité, les rencontres possibles entre les individus. Il en a été fortement question pour Bercy Village : j’ai observé les comportements, toutes les manières qu’avaient les visiteurs d’aborder le lieu, les circulations pressées, la flânerie, les déjeuners d’affaires, la lecture du journal, afin d’offrir aux visiteurs des espaces de pose qui suggèrent toutes ces attitudes observées.

LC&V Cette dernière va-t-elle forcément de pair avec une certaine appréhension de la sociologie ?

Je crois avoir commencé à répondre à la question… Oui, et c’est la tout le plaisir et l’un des fondements de ce métier : c’est avant tout l’écriture d’un scénario.

LC&VQu’est-ce qui vous a amené , en tant que designer, à vous intéresser à l’espace public ?

Quelque soit le projet ou l’objet, le designer entre dans une relation imaginaire avec des publics, et l’objet se révèle juste par la rencontre des publics et de son environnement, d’où un cheminement assez naturel. Je fais des objets depuis bientôt vingt ans, et la spatialité intervient tout autant dan un téléphone que dans un banc public : j’ajouterais d’ailleurs “spatialité” à la première question ! Quand je dessinais des téléviseurs pour Thomson, je me posais la question de la portabilité du produit, ou encore par la couleur ou le détail des aérations. Pour donner envie de le regarder aussi de dos pour le mettre au milieu d’une pièce et pas bêtement contre un mur… De même dans le mobilier de salle de bains, je cherche à ce que le meuble produise un espace, par une cinématique d’ouverture par exemple. L’idée de l’espace autour de l’objet intervient toujours dans le processus de réflexion.

LC&VQuelle est la spécificité de ce type de créations, notamment dans un contexte urbain ?

Certainement avant tout la notion de service; peu importe ce qu’ils évoquent, peu importe leur dessin, on attend qu’ils répondent à un service ; l’utilisateur n’a aucun effort à faire, aucune question à se poser, il doit immédiatement en reconnaître l’usage. A la différence d’un objet qu’on achète, qu’on choisi, dans lequel on investit une dimension affective et personnelle, là il faut être “tout public”, et “grand public”. Et cela s’inscrit dans le prolongement naturel de mon travail de designer industriel.

LC&VY-avait il une difficulté particulière à imaginer les bancs de Bercy Village ?

Pour moi l’idée de rester soi même à tout moment du projet et ne jamais se laisser influencer par toute forme de tendance représente toujours une difficulté. Mais répondre à la question est encore plus difficile ! En tout cas cela a été passionnant, et une grande chance qui m’a été donnée de m’exprimer dans un tel contexte. Peut être la difficulté maintenant est de le quitter, le laisser vivre sa vie.

LC&VQu’évoquent pour vous les notions de Luxe, Calme et Volupté défendues par notre magazine ?
Le temps, et j’ajoute “intemporalité” à la première question !