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Sous les chapeaux, des âmes …

Laurence Bossion est une modiste française dont la boutique est située rue St Roch, perpendiculaire à la rue St Honoré. Après l’avoir rencontrée, on se dit que dessiner des chapeaux n’est pas donné à tout le monde et qu’il réside certainement dans cet art si délicat, une responsabilité à couvrir les âmes de ceux qui aiment les arborer.

Rencontre à échelle humaine avec une styliste unique, qui partage les valeurs de notre magazine.

D’où provient cette passion de couvrir les têtes et que symbolise-t-elle plus profondément ?
J’ai toujours aimé la couture et les matières (tissus, fourrures, pailles). Je me suis naturellement orientée vers des études de styliste modéliste pour en faire mon métier. Je me suis vite aperçue que toutes mes figurines de mode avaient des chapeaux ou coiffes pour terminer le look. Puis au travers de mes expériences professionnelles et de mes rencontres j’ai trouvé mon mode d’expression favori : le couvre-chef.  C’est une véritable parure ou un indicateur social qui permet d’exprimer sa personnalité profonde. On peut détourner le regard de son interlocuteur vers le haut, le faire sourire, le charmer ou se cacher.

L’élégance à la française peut-elle selon vous, se passer de chapeaux ?
L’élégance à la Française selon moi ne peut se passer de chapeaux ou de coiffes. Elle nous projette dans  la Haute Couture et la Haute Mode. Ce terme de  « Haute Mode » pourrait paraître un peu désuet aujourd’hui  mais il est l’art de créer des chapeaux, coiffes ou accessoires de tête sur mesure en fonction d’une tenue, d’une cliente et d’une circonstance ou d’un moment de la journée. Pour moi l’élégance est plus une allure, un port de tête et quoi de mieux que le chapeau ou la coiffe pour souligner une jolie nuque sensuelle ou le point de pivot entre la mâchoire et le cou. Grâce au chapeau le maintien n’est plus le même.

Parlez nous de votre collection automne hiver… Pourquoi avoir choisi la thématique du feu ? 
Sur l’hiver 2016-2017 j’ai choisi le thème du Feu. Il fait partit d’un cycle après ombre et lumière, l’eau, le feu m’est apparu comme une évidence pour l’hiver. Les flammes sont inspirantes pour la création. Ne dit-on pas « s’enflammer sur un sujet » ? Pour ma part j’ai exprimé ces couleurs « rouge orangé », ces contrastes et les transformations qu’ils peuvent apporter aux matières. J’ai joué sur les broderies dansantes, les patines faites directement avec des peintures et des dorures. J’ai  « surteinté »  des plumes pour en obtenir toutes les nuances, gaufré des cuirs et nervuré des laines. J’ai torturé les matières pour aboutir à quelque chose de poétique et fort comme le feu.  Ce feu n’est-il pas comme chacune de nous finalement ?

Ce petit espace de tissu, investi par votre créativité, constitue-t-il selon vous, l’un des derniers bastions de liberté dans l’univers de la mode, tellement codifié ?
J’aime l’étendue des matières qui s’offrent à moi dans ce métier. C’est vrai que l’espace y paraît à première vue assez réduit. Le dessus et les côtés de la tête pourraient sembler constituer peu de choses en comparaison du reste du corps. Mais c’est aussi le sommet, l’endroit le plus visible, le plus évident. Et en même temps ce qui m’amuse quand on y réfléchit c’est que celle qui porte le chapeau est la seule qui ne le voit pas, furtivement elle apercevra son reflet au détour d’un miroir…. ou dans le regard des autres.

J’aime par-dessus tout les clientes qui arrivent et qui ont l’air très convenue et qui d’un coup de cœur  vont se permettre une liberté et une affirmation forte à travers leur choix de chapeaux.

Vous avez une vraie clientèle internationale et beaucoup de retombées de presse en ce sens : qu’apprécient les étrangers de votre style, selon vous ? Que vous disent-ils de vos chapeaux ?
J’accueille dans ma boutique une clientèle internationale très variée : Italiennes, Américaines,  Chinoises,  Australiennes, Allemandes, Coréennes, Japonaises, Brésiliennes. C’est vrai que j’ai beaucoup de  presse dans des magazines internationaux et cela donne une assise à ma notoriété. Je crois qu’elles retrouvent dans mes créations cette image du Chic à la Française, la Parisienne,  la poésie et la qualité des matières rares que j’utilise.

Vous semblez être une âme libre, et ne pas être otage de votre environnement : où puisez-vous cette légèreté et cette philosophie de la vie ?
Oh la la c’est compliqué ça ! La liberté n’est pas toujours facile à défendre. Il y a des choses que j’aime et vers lesquelles je voudrais m’orienter. Elles sont difficiles à définir mais je progresse. Puis il y a les choses vers lesquelles je suis sûre de ne plus vouloir aller. Je travaille ma légèreté car j’ai la chance d’avoir choisi un métier qui me passionne et me permet d’exprimer, avec mes mains, mes sentiments et toutes les facettes de ma personnalité. Je pratique beaucoup l’auto-dérision et j’essaye d’avoir du recul.

A quoi ressemblera votre prochaine collection ?
Est-elle déjà prête ?
Le thème est : « Terre de Contraste ». J’ai été inspirée par « l’homme de Rio » un film des Années 60. J’ai eu envie de pièces très graphiques, architecturées comme les constructions d’Oscar Niemeyer laissant aux belles matières toute leur place. En parallèle s’est exprimée une envie de nature forte, d’Art Brut et de de liberté retrouvée avec des coiffes marquées en noir et blanc, des accents de cuir et raphia, des plumes, de véritables parures. Cette collection sera en boutique à partir du mois de Février 2017.

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